Sauver les casinos indépendants : mission impossible ?

Sauver les casinos indépendants : mission impossible ?

Publié le 20/10/14 - par Les info



Alors que certains opérateurs semblent avoir trouvé la formule miracle (voir à ce sujet : Les petits casinos ne connaissent pas la crise), d'autres tirent la sonnette d'alarme. Ils ne parviennent plus à s'en sortir et ils appellent les pouvoirs publics à la rescousse.

A titre d'exemple, la situation que connaissent trois casinos indépendants des Pyrénées-Orientales est caractéristique du phénomène qui frappe l'univers très fermé des établissements de jeux d'argent.

 

L'arme du redressement judiciaire

Une évolution trop lente

Pourquoi l’État est-il autant impliqué ?

Le rôle de la sous-préfecture de Prades

 

L'arme du redressement judiciaire

Trois casinotiers ont mis le feu aux poudres en se mettant en redressement judiciaire.

Les gérants des trois établissements de Font-Romeu, d'Amélie-les-bains et de Vernet-les Bains assurent qu'ils ne pouvaient pas faire autrement.  Leur redressement judiciaire, c'est leur seule arme pour tenter de faire réagir les pouvoirs publics afin de tenter de trouver une solution. En effet, leurs difficultés financières ne datent pas d'hier : ils ont notamment encore de vieilles dettes d’État qui n'ont toujours pas été réglées.

Leurs problèmes se sont encore envenimés avec l'interdiction de fumer dans les lieux publics, l'ouverture du marché des jeux d'argent en ligne à la concurrence  l'apparition de la crise économique ou la rigidité de la réglementation.

Une évolution trop lente

Il ne faudrait pas pour autant minimiser la responsabilité des casinotiers.  On pourrait presque comparer la rapidité de réaction de certains établissements français à la vitesse d'un escargot (il avance péniblement de 6 centimètres par minute).

Les gérants de salles de jeux se sont longtemps reposés sur leur situation de quasi-monopole. Ils n'ont pas vu que leur marché évoluait très vite et que les attentes de leurs clients se modifiaient en profondeur. Ils n'ont pas tenté d'anticiper, d'innover et de se réinventer.

En bref, ils n'ont pas géré leurs établissements comme les chefs d'entreprise qu'ils sont censés être.

Prenons l'exemple des dettes d’État qu'ils ont accumulé jusqu'en 2010-2011. N'importe quel dirigeant sait qu'il doit négocier au plus tôt des facilités de paiement voire une remise de dette. Dans le cas des trois casinos en difficultés, les gérants demandent en 2014, suite à leur mise en redressement judiciaire, si les pouvoirs publics ne peuvent pas faire un effort pour effacer cette ardoise.

Sauf que ce n'est pas si simple. Un plan de sauvegarde a déjà été établi, et la procédure officielle ne permet pas de revenir dessus sans passer par la case liquidation judiciaire.  Stéphane Gilles, l'administrateur adjoint des finances publiques, garde toutefois une main tendue et propose des rencontres individuelles pour essayer de trouver d'autres solutions légales.

Pourquoi l’État est-il autant impliqué ?

Avec ces casinos indépendants, l’État est confronté à un véritable casse-tête.

D'un côté, il n'est pas le seul responsable de la situation : même si la réglementation est particulièrement lourde, elle n'est pas seule en cause dans les difficultés financières des salles de jeux.  Le dispositif législatif a d'ailleurs été conçu avec l'objectif de parvenir à un juste équilibre entre la protection des populations et la volonté d'investisseurs privés de dégager des bénéfices.

Autre problème : les casinotiers ont tendance à avoir des prises de position assez contradictoires, chacun défendant ses intérêts.

Prenons un exemple. En règle générale, les casinos veulent redorer leur image de marque en clamant haut-et-fort leur volonté de lutter activement contre la dépendance des joueurs. Patrick Partouche a notamment expliqué que l'addiction créait une relation perdant-perdant entre le joueur et le casino car lorsque le joueur est surendetté, il ne règle jamais ce qu'il doit... Et, il faut le reconnaître, la plupart des établissements de jeux ont fait de gros efforts de prévention et d'aide auprès de leurs clients.  Dans ce contexte, il est alors curieux d'entendre les 3 casinotiers indépendants déplorer « le contrôle aux entrées à partir de 2006 pour protéger notamment contre l'addiction »...

D'un autre côté, les pouvoirs publics ne peuvent pas rester complètement sourds face à l'urgence de la situation. La fermeture de ces trois établissements représenterait à la fois :

- un manque à gagner pour l’État puisqu'il prélève des taxes sur le produit brut des jeux (or les trois casinos génèrent 2,2 M€ de chiffre d'affaire)

- des pertes d'emplois : le personnel des casinos se retrouverait au chômage ( ils font travailler 28 personnes en CDI et font appel chaque année à 39 saisonniers ) et, de façon indirecte, d'autres entreprises seraient également touchées (restaurants, hôtels....)

- un lourd tribut économique pour le département : les casinos font venir les touristes, ils créent des emplois et de la richesse. Si ces 3 salles de jeux ferment, il n'en restera plus que 5 dans le département (dont 4 appartenant au Groupe Joa et un à la Société Française de Casinos) et il n'y aura plus aucun casino indépendant.

Le rôle de la sous-préfecture de Prades

Consciente des enjeux, la sous-préfète de Prades a mis les bouchées doubles pour réunir les élus locaux, le représentant de la police des jeux, et le député Robert Olive afin de prendre au plus tôt des mesures concrètes afin de sauver les casinos.

Plusieurs pistes ont été mises sur la table dont une assez improbable : une modification de la loi concernant le tarif du prélèvement progressif (de 55 à 65% à l'heure actuelle). Malgré les signes encourageants donnés par le Gouvernement en direction des casinos, tels que l'autorisation de nouveaux jeux (bataille, sic bo...),  il y a fort à parier qu'il n'ira pas jusque là. Il serait en effet assez incohérent d'avoir durci le ton avec les casinotiers en ligne, pour ensuite montrer plus de souplesse avec les salles de brique-et-mortier.

A demi-mots, le député Robert Olive leur a d'ailleurs laissé entendre que le combat était loin d'être gagné.  Ils devront en effet apporter des réponses convaincantes à une question très simple :  un aménagement de la loi sera t-il suffisant pour permettre de sauver leurs entreprises sur le long terme ?

Il faudrait également prouver qu'un changement de loi puisse servir à relancer durablement d'autres établissements. L'Etat ne renoncera pas à une manne financière (une baisse de la taxation profiterait à tous les casinos) juste pour sauver uniquement 3 salles de jeux....

Seule certitude : un prochain rendez-vous est déjà prévu avec Bercy. Comme avec toutes les entreprises en difficultés, le Ministère des Finances va étudier le dossier de ces établissements pour tenter de préserver les emplois menacés.