Ce que doit le BlackJack à Edward Oakley Thorp

Ce que doit le BlackJack à Edward Oakley Thorp

Publié le 25/03/14 - par

Edward Oakley Thorp n’est pas seulement l’un des meilleurs joueurs professionnels de blackjack de tous les temps, il est également mathématicien de génie et auteur d’un nombre incroyable d’articles et de livres sur le sujet.

 

Le jeu de Black Jack et son histoire

Mais qui est donc Edward Oakley Thorp

 

Le jeu de Black Jack et son histoire

Ses talents lui ont valu de figurer parmi les sept premiers intronisés au Panthéon du Blackjack, le Blackjack Hall of Fame, abrité par le Barona Casino de San Diego. Ce panthéon rend hommage aux plus grands experts, auteurs et joueurs professionnels de blackjack de l’histoire. Ceux-ci bénéficient d’une suite, de repas et de boissons gratuits à vie… en échange de leur engagement à ne jamais jouer aux tables du Barona !

Avant de voir quelles ont été les contributions majeures de Thorp aux méthodes pour gagner au blackjack, penchons-nous d’abord sur le jeu lui-même…

Bien que certains historiens situent l’apparition de l’ancêtre du Blackjack (le Trente-et-un) en Italie au XVème siècle, d’autres affirment qu’il est né en France à la fin du XVIIIe siècle, sous le nom de « 21 » dans les cercles de jeux français. Introduit aux Etats-Unis sans grand succès au début du XIXème siècle, les casinotiers le font évoluer et y introduisent un bonus pour le rendre plus attractif : le couple as plus valet offre un paiement de 10 contre 1, et le nom du jeu devient donc naturellement « BlackJack » (valet en anglais). Dans cette partie où tous les joueurs sont contre la banque, le but est de ne pas dépasser un total de 21 points grâce à ses cartes, sous peine de perdre sa mise initiale : on dit dans ce cas que le joueur « saute ».

Les cartes ont les valeurs suivantes : de 2 à 10, les valeurs des cartes correspondent à leurs valeurs nominales, les figures valent 10 points et l’as vaut 1 ou 11 points au choix. Chaque joueur reçoit deux cartes du croupier, face visible. Il peut ensuite demander autant de cartes qu’il désire pour atteindre 21 points ou s’en rapprocher le plus possible, mais sans dépasser cette valeur. Le croupier joue également : s’il fait plus de 21, tous les joueurs restants gagnent. Si le croupier atteint le nombre compris dans la fourchette qu’il a annoncée (on parle de « point »), seuls les joueurs ayant un point supérieur à celui du croupier gagnent.

A l’origine, le Blackjack ne se jouait qu’avec un seul jeu de 52 cartes. Puis à partir des années quarante, sont apparues les premières méthodes de comptage, largement défavorables aux casinos. Ceux-ci ont alors tenté de conserver leur avantage et ont pour cela augmenté le nombre de jeux de cartes présents dans le sabot (6 en France, 4 au Royaume-Uni et entre 1 et 8 aux Etats-Unis).

Au début du XXè siècle, le blackjack devient très populaire aux Etats-Unis, c’est même le jeu le plus joué dans les casinos américains, malgré l’avantage énorme des casinos face aux joueurs, estimé entre 5 et 10 %. Dès 1956, Robert Baldwin se penche sur une stratégie de base pour gagner au Blackjack : en se basant sur des outils statistiques qui prennent en compte ses cartes et la carte visible du croupier, le joueur arrive à savoir quand il doit miser. Ainsi, en misant moins souvent mais mieux, cela fait tomber l’avantage du casino face aux joueurs à 1 % à peine. L’invention du comptage de cartes est donc souvent faussement attribuée à Edward O. Thorp. Certes, il a grandement contribué à faire connaître cette méthode et à la vulgariser, mais il n’a pas été le premier à bien arrondir ses fins de mois en jouant au Blackjack !

Mais qui est donc Edward Oakley Thorp

Mais qui est donc Edward Oakley Thorp ? Né en août 1932 à Chicago, cet américain s’est rapidement distingué par son impressionnante capacité à appliquer ses connaissances en probabilités et en statistiques aux jeux d’argent (blackjack, roulette et backgammon) puis aux marchés boursiers. Diplômé de l’UCLA (University of California, Los Angeles), il est titulaire d’un Master de Physique et d’un Doctorat en Mathématiques. Dès 1961 il devient professeur au prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology), avant d’enseigner à la New Mexico State University, puis à Irvine (University of California) jusqu’en 1977. A partir de 1982, il enseigne conjointement les mathématiques et la finance quantitative. Il est actuellement président de « Edward O. Thorp & Associates », une société basée en Californie, spécialisée dans l'investissement boursier. Sa fortune a été estimée à 800 millions de dollars en 2012.

Après la lecture d’un article dans une revue consacrée aux statistiques, Thorp se penche sur le blackjack et après de longs mois de travail sans relâche, il propose une méthode systématique de comptage de cartes. Il a en effet imaginé une méthode qui prend en compte les variations restantes, après que les mains ont été distribuées… L’essence même du comptage de cartes était née ! La technique permet de faire tomber l’avantage de la maison autour de 1%. Sa stratégie statistique a pu être développée grâce aux calculs effectués par un IBM 704 ! Face à certains détracteurs, Thorp met en pratique sa théorie dans un certain nombre de casinos de Las Vegas, Reno et Lake Tahoe. Ces virées dominicales avec son ami et complice Claude Shannon (avec qui il développera le premier ordinateur de jeu pour gagner à la roulette dans les années soixante), leur rapporteront jusqu’à 70 000 dollars par week-end. Evidemment, Thorp fut rapidement interdit de casino et dut user de nombreux stratagèmes pour ne pas être reconnu !

En 1962, Thorp publie son « Beat the Dealer : A Winning Strategy for the Game of Twenty-One » (Battre le croupier : une stratégie gagnante pour le jeu de vingt et un) qui fut un succès mondial instantané et qui sema la panique dans les établissements de jeux… Ceux-ci s’empressèrent de modifier les règles du blackjack pour contrer les compteurs de cartes ! Mais finalement, face à l’insurrection des joueurs, la plus grosse modification pour contrer le comptage de carte a été de multiplier le nombre de jeux dans le sabot (jusqu’à huit jeux dans certains casinos des Etats-Unis). Pour faire court, le best-seller fait la démonstration du système de Décompte Dix, une formule dans laquelle les joueurs prennent en considération des ratios attribués aux différentes cartes pour déterminer l’étalage de leurs mises. En 1966, la 2ème édition de Beat the dealer présente le décompte Hi-Lo (ou système d’équilibre, puisque le total des valeurs attribuées aux 52 cartes d’un jeu donne zéro). Cette méthode est plus facile à mettre en œuvre par les joueurs. Précisons enfin que toutes les stratégies de comptage actuelles s’appuient toujours sur les travaux précurseurs de Thorp…

Outre ses livres sur le Blackjack, on peut citer Elementary Probability (1966), The Mathematics of Gambling (1984) ainsi que de nombreux articles mathématiques sur les probabilités, la théorie des jeux et l’analyse fonctionnelle. Et c’est grâce à ses connaissances en probabilités et en statistiques, qu’il a été capable de distinguer des irrégularités au niveau des prix sur les marchés financiers, d’où la publication de son livre Beat the Market (Battre le Marché) paru en 1967 proposant un système pour « lire » le marché des changes et pour « jouer avec ».

Aujourd’hui la plupart des casinos font la chasse aux compteurs de cartes, les petits ordinateurs de poche et les prises de notes sont interdits aux tables de jeu. Quant aux mélangeurs automatiques de cartes, ils ont rendu le comptage quasi impossible, n’est pas Rain Man qui veut ! Mais cela ne veut pas dire que de telles pratiques n’ont plus cours, et ceux qui utilisent ces stratégies de base arrivent toujours à dégager des gains relativement attractifs. Et qui sait, peut-être y a-t-il quelque part dans le monde un nouveau Edward Thorp, un autre génie prêt à révolutionner le comptage de cartes au blackjack ?