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Fiodor Dostoïevski était non seulement un prosateur au succès immense, mais également un grand joueur.

C'est dans son roman Le Joueur, publié en janvier 1867 soit quand il avait 45 ans, qu'il évoque sa passion pour les jeux de casino et plus particulièrement pour la roulette.

A caractère autobiographique, cette œuvre témoigne de son engouement pour le jeu jusque dans sa conception même, puisqu'elle a fait l'objet d'un pari pour le moins audacieux. En effet, alors qu'à l'été 1865 l'auteur russe a besoin d'argent pour subvenir aux besoins de la famille de son frère décédé mais aussi pour continuer à mener grand train, il signe un contrat avec son éditeur Stellovski. Dostoïevski s'engage à lui remettre le manuscrit avant le 1er novembre 1866, sous peine de perdre ses droits sur ses nouveaux ouvrages les neuf prochaines années.

L'enjeu est de taille, cependant il travaille en parallèle sur un autre grand projet, à savoir Crime et Châtiment. Ainsi le 1er octobre 1866 il a des idées mais n'a pas commencé à proprement parler la rédaction du Joueur. Devant l'urgence, il décide sur le conseil d'un ami de faire appel à une sténographe pour gagner du temps. Le 4 octobre il commence à dicter le premier chapitre à une jeune femme de 19 ans, Anna Snitkina. Au fil des jours, une singulière complicité s'installe entre eux à mesure que le travail avance, si bien que le 31 octobre le manuscrit est achevé. Mais comme par hasard, l'éditeur est en déplacement en province ce jour là. Anna fait alors appel à un juriste qui lui suggère de faire enregistrer le manuscrit par un commissaire de police. L'écrivain se rend en toute hâte au commissariat où l'enregistrement est effectué à dix heures du soir, soit deux heures avant l'expiration du délai. Dostoïevski est parvenu à gagner son pari, en dictant son roman en seulement 26 jours à sa chère collaboratrice. Cette dernière deviendra d'ailleurs son épouse quelques semaines plus tard à Moscou.

Tout ceci explique sans doute pourquoi l'histoire est racontée sous la forme d'un journal intime. Si elle est relativement courte comparée aux autres œuvres romanesques de l'auteur, elle est néanmoins intense et captivante, tout en invitant le lecteur à réfléchir sur les trois formes de passion que sont l'amour, le désir de s'enrichir et le jeu.

L'action se déroule dans une petite ville thermale allemande imaginaire, au nom évocateur de Roulettenbourg, qui ressemble à celles qu'il a fréquenté, entre 1862 et 1871, essentiellement pour leurs casinos. Il n'existait pas de tels établissements en Russie, cependant Dostoïevski avait déjà joué de l'argent auparavant, notamment lorsqu'il était étudiant à Saint-Pétersbourg, au cours de parties billard ou de cartes dans des tripots clandestins. C'est lors de ses premiers voyages en Europe occidentale qu'il a découvert et s'est pris de passion pour la roulette.

Dans Le Joueur, les différentes manières de miser et surtout l'ambiance qui règne autour des tables à cette époque sont remarquablement dépeints. Il y est question également de Trente-et-quarante, un jeu de cartes qui ressemble au Black-jack, plus rarement joué de nos jours.

Le thème de la dépendance, risque sous-jacent à tout comportement passionné, est bien sûr abordé, et ce au travers de différents personnages, dont le narrateur-héros. Ce dernier nous livre un récit qui ne peut pas laisser insensible les amateurs de sensations fortes. Bref, tout joueur se devrait de disposer dans sa bibliothèque d'un exemplaire de ce livre, parmi les multiples parutions dont il a fait l'objet.

Pour les cinéphiles, sachez qu'il existe une adaptation au titre éponyme réalisée par Claude Autant-Lara en 1958, avec les acteurs Gérard Philipe et Bernard Blier dans les rôles principaux.