La gourmandise des mairies

La gourmandise des mairies

Publié le 19/02/15 - par Admin, Admin Les info

Entre les casinos et les mairies, parfois, le torchon brûle.... et les responsables ne sont pas toujours ceux qu'on imagine.




Il faut tordre le cou aux idées reçues : les dirigeants des casinos français sont très loin de ressembler aux responsables des grands groupes casinotiers américains. Leur univers est aussi très différent de l'image qu'a pu donner le cinéma à travers des films comme Casino ou Le Parrain.

Certes, tout n'est pas rose non plus et il y a parfois des pratiques assez douteuses. Mais dans la plupart des cas, les propriétaires de petits casinos sont  des chefs d'entreprises comme les autres.

Ils doivent gérer du personnel, remplir leurs obligations légales, trouver des clients pour payer leurs charges et, trop souvent, faire face aux exigences assez contradictoires de certaines mairies.


Un exemple probant : le casino de Grasse

Abdel Djebbar, le nouvel actionnaire du casino de Grasse, est très en colère. Il menace même de fermer l'établissement si la mairie ne cesse pas de le harceler avec des broutilles.

Comment les relations entre le casinotier et la municipalité ont-elles pu en arriver là ?

Tout débute en juin 2014. Abdel récupère un casino déjà en fonctionnement mais avec de grosses difficultés financières. Il est tributaire des plannings mis en place par l'ancienne direction alors que l'été est la plus grosse saison.

Pour les animations, il suit scrupuleusement le cahier des charges qu'il a signé avec la Ville. Au niveau de la restauration en revanche, faute de personnel suffisant, il y a quelques problèmes : la qualité n'est pas au rendez-vous.

Certains clients se plaignent et la municipalité envoie une mise en demeure au casinotier.

Abdel s'explique avec la mairie puis il parvient à redresser la barre. Le casino propose alors des menus à petits prix (à partir de 9 € pour un plat du jour et une entrée ou un dessert ) et multiplie les initiatives comme le buffet gratuit tous les dimanches soir sur présentation de la carte Pass (elle aussi gratuite).

Les clients sont de plus en plus satisfaits.

Pourtant, la Ville ne cesse pas de mettre la pression sur le casinotier. En novembre, la mairie en est encore à lui reprocher des manquements au niveau des animations et de la restauration.

La Mairie veut-elle tuer la poule aux œufs d'or ?

Grosso modo, la mairie voudrait du luxe, des spectacles éblouissants et une restauration haut-de-gamme...à des tarifs accessibles à tous.

Elle veut aussi que le casinotier éponge le découvert de l'établissement, qu'il investisse, qu'il garde tout le personnel et qu'il paie sans sourciller le loyer de 100 000 € par an, la taxe de plus de 10 % sur les bénéfices des jeux, et les charges supplémentaires exigées pour certaines manifestations culturelles (par exemple la Jasminade).

Sauf que, comme dit le dicton, on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

A être trop gourmande, la municipalité risque surtout de tuer la poule aux œufs d'or et de mettre 28 personnes au chômage.

En juin, quand Abdel a repris le casino, le restaurant de l'établissement perdait 18 000 € par mois. Il a accepté d'injecter dans les finances de la salle de jeux entre 60 et 75 000 € chaque mois. Il a aussi investi 1,2 M€ dans des machines à sous flambant neuves.  Il a changé tout le personnel du restaurant et depuis octobre un nouveau chef cuisinier propose des plats entièrement élaborés à partir de produits frais sans augmentation de tarifs.

A l'heure actuelle, si le restaurant perd encore 15 000 € par mois, les perspectives se sont nettement améliorées. Il devrait en effet être bénéficiaire lors de la prochaine saison estivale.

Au niveau du casino proprement dit, les résultats sont là : le chiffre d'affaires enregistre une progression de 15,48 % en 5 mois.

La Ville ne devrait t-elle pas se réjouir d'une telle embellie qui bénéficie à tout le tissu économique local ?

Au lieu d'accompagner le développement du casino, elle semble avoir choisi d'écouter les plaintes d'anciens ou d'actuels membres du personnel qui regrettent la perte de certains avantages comme les carnets d'invitation.

Les anciens propriétaires du casino de Grasse avaient en effet offert des carnets d'invitations aux membres du personnel. Ils pouvaient inviter n'importe qui au restaurant et offrir des repas gratuits. Lorsqu'il a repris l'établissement, Abdel a constaté l'ampleur des dérapages. Certains soirs, le restaurant était rempli mais quasiment personne ne payait : tous les « clients » étaient en réalité des membres de la famille ou des amis du personnel de la salle de jeux.

En supprimant les carnets d'invitations, Abdel a mis un terme aux abus afin de limiter les pertes. Mais il s'est fait aussi quelques ennemis et certains auraient envoyé des lettres anonymes à la mairie  et à la police des jeux.

Au final, il y a une ambiance à la Clochermerle et la mairie semble vouloir se lancer dans une petite  guerre administrative un peu absurde. Par exemple, alors qu'Abdel a ouvert son casino il y a environ 6 mois, il n'a toujours pas reçu l'autorisation nécessaire pour ouvrir une porte dans la cloison qui sépare le casino de la salle de restaurant...

A ceux qui lui reprochent d'avoir licencié une partie du personnel, Abdel rappelle la réalité : avec une moyenne de 50 joueurs par jour, il paie des salariés pour environ 4 joueur par heure !  A l'heure actuelle, avec 28 employés, sont chiffre d'affaires est d'environ 1,4 M€. D'autres casinos atteignent le même résultat avec un effectif divisé par deux.

Et ça, Abdel le sait : c'est un investisseur expérimenté qui possède déjà d'autres salles de jeux.

Il est pourtant en « période probatoire d'un an », d'après les termes du Maire de Grasse, Jérôme Viaud. La commission du contrôle financier doit également étudier le cas du casino le 20 janvier dernier pour plancher sur « ses déficits plus qu'inquiétants ».

Au vu de telles déclarations, le personnel du casino a de quoi s'inquiéter pour son avenir !